Chou blanc

Les mots me transpercent en roulant, comme s’ils surgissaient du bas-côté. Ils disent : « Voyez comme le temps harnache nos cœurs. Cœurs dissidents balançant entre le désir de l’autre et la haine de soi. Multitude d’expressions de l’individu dissout dans la grande peur du désespoir, assiégé par la danseuse folle qu’est la mort. Il dédaigne les circonstances inhérentes à sa nature. Je détecte ses fils conducteurs, ses boyaux, et sonde les âmes errantes destinées à disparaître maintenant ». Arrivée à bon port, je la reconnais. Jalousie non détectée de prime abord. Elle m’a bien entendu ignorée. Je n’envisageais pas de faire le premier pas. Un homme rôdait près de moi. C’était le sien. Pourquoi elle et pas moi ? D’où le sentiment qui pointait. Chou blanc, je change de crèmerie. Je pénètre ce lieu bondé qui transpire les fluides humanoïdes. Bonne pioche, je remplis le panier ! Vrais légumes cette fois, je me suis plantée, fallait les peser. Le mec est sympa, il fait marche arrière avec moi. 13.80, je ne me suis pas étouffée. Soupe ce soir, et lecture, bien sûr. Entre ça et là, une boucle d’oreille à droite pour lui, vérifiée. Soupçonneuse au regard du tee-shirt marin rayé façon Jean-Paul Gauthier. Si j’étais sa meuf, j’me méfierais. Entre là et ça, l’instinct animal prend le dessus sur une fenêtre privée. Sunny girls, j’ai terminé Moussempès. Je me demande qui pourrait me rejoindre, ici. Le chemin est tortueux. La base : aimer la soupe.